J'en frissonne encore.
Je suis allée à un mariage samedi. Ils sont beaux, ils sont jeunes, ils n'ont rien à envier à personne. Je vais éviter de revenir sur mes déboires
sentimentaux puisque vous n'en avez cure et aussi parce que c'est assez compliqué pour moi comme ça.
Quand on se marie, on engage beaucoup de choses : des frais, des sentiments...
Il faut faire des choix. Qui inviter. Comment faire le plan de table pour que personne ne soit lésé. Tout ça, il n'y a que ceux qui organisent qui s'en soucient. Tout le monde s'en fout en dehors d'eux.
Mais ce n'est pas de ça que je veux parler.
On a été à
l'église.
L'église c'est un passage obligé dans de nombreux mariages. Moi même je crois que je ne pourrais pas y échapper si jamais mon frère se marie avec celle qu'il aime.
Je crois que je n'aime pas les églises.
Ça me fait pleurer. J'en ai peur. Affreusement peur. J'ai peur de ce qu'elles représentent. J'ai peur des gens qui les habitent, de leurs esprits, de leurs morts, de leurs douleurs, de leurs prières, et de tout ce qu'il peut y avoir d'immatériel qui anime les gens qui s'y rendent.
J'ai peut qu'ils deviennent fous.
En règle générale pourtant, je les apprécie ces églises, elles sont belles, majestueuses, imposantes. Et leur silence. Elles me calment, me reposent, pour peu qu'il n'y ait pas trop de monde à l'intérieur et que ces visiteurs respectent le lieu. Mais je hais les églises lorsqu'elles servent formellement. Enfin formellement, c'est un bien grand mot.
Je ne comprends pas assez les chrétiens pour
apprécier leur religion. Elle me fait tellement peur. Elle a engendré tant de guerres, je la ressens si peu tolérante de nos jours qu'elle m'effraie terriblement. A ce mariage, j'ai supporté les prières, les consentements, les lectures des
Évangiles, j'ai cru que tout se terminerait vite, comme dans une mise à mort. Mais elle a duré cette mise à mort, elle a pris le reflet d'une lente torture morale, qui ne se ressens sur le plan physique que par les traces de dents sur les lèvres trop longtemps mordues ou par les larmes qui pointent au coins de nos yeux maquillés. Lorsque j'ai cru que tout ce terminerait enfin, le prêtre a dit que nous abordions la seconde partie, tout aussi importante que la première. Ils se sont tous levés comme un seul homme, moi, j'ai du suivre, bien à contre coeur.
Le prêtre a commencé à parler, à lire de sa voix monocorde ce que ce gros livre dicte depuis plus de 2000 ans. Et ils m'ont prise par surprise. Ils n'ont pas dit amen de leurs voix pieuses, non, ils ont chanté de leur voix de crécelle que ce plus personne ne comprend. Ils ont tellement l'air d'y croire parfois. J'ai peur que leur raison s'égare, qu'ils ne prennent les armes et ne tuent tout le monde pour prouver leur foi à ce Dieu dont j'ignore l'existence.
Il m'est pourtant arrivé de lui parler.
Existe-t-il ce Dieu dont tout le monde parle ?
Aide-t-il vraiment les gens qui prient sa miséricorde. Moi, je ne sais pas s'il m'a jamais écoutée. Les seules fois où je l'ai invoqué, j'avais maladroitement lié mes mains et mon visage était brouillé par les larmes. Je ne sais même plus pourquoi j'ai fait appel à lui autrefois. Je crois, c'est dur à dire vis à vis des croyants qui pourront me lire, que la foi est une forme de lâcheté. Rejeter la faute et la responsabilité de tout ce qu'il peut se passer ici bas sur une personne qui ne s'est jamais montrée. Quoi qu'il se passe de bon ou de mauvais, Dieu en est l'origine et puis,
les voix du Seigneur sont impénétrables... Je n'aime pas ce Seigneur là. Je n'aime aucun d'eux. Ils possèdent les gens qui ne peuvent plus croire en rien sauf en eux.
Pourquoi les gens se
sentent-ils obligés de croire ? Que viennent faire ce paradis et cet enfer dans nos vie carboniques ?
Je reste terre à terre. je ne peux imaginer leurs croyances. Je les respecte bien sûr. Mais je ne peux dire que je les comprends. Je suis un peu comme Saint
Thomas tout compte fait, je ne crois que ce que je vois, ou ce que je touche. Je touche les gens, je me prouve qu'ils existent et qu'ils ne s'évaporeront pas à la moindre escarmouche.
Lorsqu'ils ont commencé à chanter, j'ai senti ma respiration s'accélérer, mes yeux ont commencé à se mouiller, ma poitrine s'est engourdie. J'ai du sortir. J'ai senti les regards des gens se poser derrière moi, ceux qui étaient à la porte et qui ne pouvaient comprendre que je soupire lors d'une telle cérémonie. Je suis allée contre le grillage, j'ai posé la tête sur les bras, j'ai essayé de respirer. Mon souffle était tremblant. Je ne supporte pas cette oppression invisible qui s'abat sur moi à chaque fois. J'aurais pu pleurer mais ça aurait fait couler le noir de mes yeux.
J'ai eu quelques minutes pour me reprendre. Tout est rentré dans l'ordre. Mais je sais bien que ça reviendra.